La bataille d’Hastings, 14 octobre 1066
Le 14 octobre 1066, sur une colline du Sussex, le duc de Normandie Guillaume bat le roi d’Angleterre Harold Godwinson, tué au soir d’une journée entière de combat. Cette victoire tranche une crise de succession entre trois principaux prétendants et ouvre la voie à une conquête de plusieurs années : l’aristocratie, l’Église, la langue et les rapports franco-anglais en sont transformés pour des siècles.
Récit, environ 16 minutes de lecture. Mis à jour le 23 octobre 2026.
Sommaire
Le matin du 14 octobre
À l’aube, sur la crête qui barre la route de Londres, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest d’Hastings, les Anglais prennent position. Leur plan est défensif. Ils se serrent épaule contre épaule, boucliers se chevauchant, au sommet d’une pente que l’ennemi devra gravir. Au centre, autour des bannières royales — le dragon du Wessex et l’étendard personnel du roi, un guerrier brodé —, se tiennent les housecarls. Ce sont les guerriers professionnels de la maison royale, armés de la longue hache danoise qu’on manie à deux mains. Autour d’eux, les hommes du fyrd, la levée militaire des comtés, moins bien équipés.
Leur roi, Harold, règne depuis neuf mois. Moins de trois semaines plus tôt, il était à l’autre bout du royaume, près d’York, où il a anéanti une armée norvégienne. Il a refait la route à marche forcée, sans attendre tous ses renforts.
Au pied de la colline, dans une vallée humide, l’armée de Guillaume, duc de Normandie, se déploie en trois corps : les Bretons à gauche, les Normands au centre, à droite les Flamands et les hommes venus d’autres principautés du royaume de France. Devant, des archers et des arbalétriers ; derrière eux, l’infanterie lourde ; en dernière ligne, l’arme qui fait l’originalité de cette armée : des cavaliers en cotte de mailles, sans doute deux à trois mille selon les estimations des historiens.
Le combat s’engage vers neuf heures. Il durera presque jusqu’à la nuit, ce qui est très inhabituel pour l’époque. Mais pour comprendre pourquoi ces deux hommes se font face ce matin-là, il faut remonter au début de l’année.
D’où vient ce que l’on sait
Avant d’aller plus loin, un mot sur les témoins. Presque tout ce que nous savons de 1066 vient de quatre sources, qui ne racontent ni les mêmes choses ni depuis la même position. Côté normand, Guillaume de Poitiers, chapelain du duc, écrit dans les années 1070 une biographie à sa gloire ; le Carmen de Hastingae Proelio, poème latin probablement contemporain, livre une autre version des faits. Côté anglais, la Chronique anglo-saxonne, tenue dans plusieurs monastères, est plus sobre et plus laconique. Enfin la Tapisserie de Bayeux raconte l’histoire en images, d’un point de vue normand. Ce récit les croise ; quand elles divergent, on le signale.
Un trône pour trois
Le 5 janvier 1066, le roi Édouard le Confesseur meurt à Westminster. Il a une soixantaine d’années, il est pieux, il vient de faire reconstruire l’abbaye qui deviendra le lieu de sacre des rois d’Angleterre. Mais il n’a pas d’enfant. Le lendemain, on l’enterre dans son abbaye et, le même jour, on y couronne son successeur : Harold Godwinson, comte de Wessex.
Cette hâte dit tout. Harold sait que d’autres attendent.
Harold, d’abord. Il est l’homme le plus puissant du royaume après le roi, chef de la famille Godwin qui domine l’Angleterre depuis une génération, et beau-frère d’Édouard, qui a épousé sa sœur. Il ne descend pas de la lignée royale anglaise. Mais la succession, dans l’Angleterre anglo-saxonne, n’obéit pas à une règle héréditaire stricte : elle combine la parenté, la désignation par le roi, la reconnaissance par les grands réunis dans le witan (le conseil du roi) et les rapports de force. Selon les sources anglaises, Édouard, sur son lit de mort, a confié le royaume à Harold.
Guillaume, ensuite. Duc de Normandie depuis l’âge de sept ou huit ans, il a survécu à une enfance de révoltes et de complots pour devenir l’un des princes les plus redoutés de son temps. Ses droits passent par une femme : Emma de Normandie, mère d’Édouard, était sa grand-tante. Édouard lui-même a passé près de vingt-cinq ans en exil à la cour de Normandie avant de régner. Surtout, les chroniqueurs normands affirment deux choses. Vers 1051, Édouard aurait promis sa succession à Guillaume. Et vers 1064, Harold, venu en Normandie dans des circonstances obscures, aurait juré sur des reliques de soutenir la candidature du duc. Pour Guillaume, Harold n’est donc pas un roi : c’est un parjure.
Harald Hardrada, enfin. Le roi de Norvège est un vétéran célèbre, qui a servi comme mercenaire dans la garde varangienne, la garde scandinave de l’empereur byzantin, avant de conquérir son trône. Sa prétention est plus lointaine : elle repose sur un accord passé vers 1040 entre son prédécesseur Magnus et un roi danois d’Angleterre, Hardeknut, chacun devenant l’héritier de l’autre. Fragile juridiquement, mais Harald a une flotte, une armée aguerrie, et un allié inattendu : Tostig, le propre frère d’Harold, chassé de son comté de Northumbrie en 1065 et décidé à reprendre sa place.
Il existe même un quatrième nom : Edgar, dit l’Ætheling, titre qui désigne un prince de sang royal susceptible de régner. Petit-neveu d’Édouard, il est le dernier descendant de la lignée. Mais il a environ quatorze ans, et personne, en cet hiver menaçant, ne veut d’un roi enfant.
En avril, une comète traverse le ciel pendant une semaine. C’est celle que l’on appellera plus tard comète de Halley. Partout on la lit comme un présage. Reste à savoir pour qui.
L’été de l’attente
En Normandie, Guillaume prépare une entreprise d’une ampleur exceptionnelle : traverser la Manche avec une armée entière, chevaux compris. Il réunit ses barons, rallie des volontaires bien au-delà de son duché, Bretons, Flamands, hommes de diverses principautés, attirés par la promesse de terres. Il fait construire ou réquisitionner des centaines de navires ; le chiffre transmis par certaines sources, autour de sept cents, est impossible à vérifier.
Il soigne aussi la légitimité de son entreprise. Selon Guillaume de Poitiers, le pape Alexandre II lui aurait fait parvenir un étendard en signe de soutien. Les historiens discutent aujourd’hui la réalité et la portée de ce soutien pontifical, connu surtout par des sources écrites après la victoire. Ce qui est sûr, c’est que Guillaume a présenté son expédition comme le châtiment légitime d’un parjure.
À la mi-août, la flotte est rassemblée à l’embouchure de la Dives. Elle y attend plusieurs semaines. En septembre, elle gagne Saint-Valery-sur-Somme, en perdant des navires dans la tempête. Les raisons de ce long délai et de ce déplacement restent discutées : vents contraires, prudence face à la flotte anglaise, ou calcul pour laisser l’adversaire s’épuiser.
En face, Harold a mobilisé le fyrd et posté flotte et troupes le long de la côte sud. Mais une armée ne se nourrit pas indéfiniment, et la moisson attend. Le 8 septembre, ses vivres épuisés, il renvoie les hommes chez eux et ramène la flotte vers Londres. La côte sud est désormais bien moins défendue.
Le Nord d’abord
C’est par le nord que le coup arrive. Mi-septembre, Harald Hardrada entre dans l’estuaire de l’Humber avec environ trois cents navires, rejoint par Tostig. Le 20 septembre, à Fulford, aux portes d’York, il bat les comtes du Nord, Edwin et Morcar. York se soumet.
Harold réagit avec une grande rapidité. Il rassemble ses troupes et remonte vers le nord à marche forcée, environ trois cents kilomètres en quelques jours. Le 25 septembre, il surprend les Norvégiens à Stamford Bridge, à l’est d’York. Ceux-ci, qui attendaient des otages et non une armée, ont laissé une partie de leurs hommes et de leurs armures aux navires. C’est une déroute écrasante. Harald Hardrada est tué, Tostig aussi. Selon la Chronique anglo-saxonne, les survivants repartent sur vingt-quatre navires seulement.
C’est l’une des plus éclatantes victoires de l’histoire anglaise. Elle n’aura que trois jours de répit.
Le 27 septembre, le vent tourne enfin au-dessus de la Somme. La flotte normande traverse de nuit et, le 28, débarque sans rencontrer de résistance à Pevensey, sur la côte du Sussex. Guillaume se porte aussitôt vers Hastings, y fait dresser une fortification de bois et commence à ravager la région. Ces ravages visent sans doute aussi à attirer Harold : le pays dévasté appartient en partie à sa famille.
La nouvelle atteint Harold à York vers le 1er octobre. Il redescend vers Londres, y reste quelques jours pour rassembler des forces fraîches, puis repart vers le sud sans attendre que tout le monde soit arrivé. Le 13 octobre au soir, son armée se rassemble. La Chronique anglo-saxonne mentionne un « vieux pommier gris » comme lieu de ralliement, mais sa localisation, et même le sens exact du passage, restent incertains. Le lendemain matin, l’armée occupe la crête.
Pourquoi tant de hâte ? Peut-être Harold espérait-il surprendre Guillaume comme il avait surpris Hardrada. Peut-être voulait-il, plus prudemment, l’enfermer dans la péninsule d’Hastings et lui couper la route de Londres, et c’est Guillaume qui aurait pris l’initiative de l’attaquer avant qu’il soit prêt. Peut-être ne supportait-il pas de voir ses terres brûler. On en débat encore.
La journée d’Hastings
Le déroulé qui suit est une reconstruction : les sources donnent les grandes phases, rarement leur enchaînement exact.
Le mur tient
Le combat s’ouvre par les archers normands, qui tirent vers le haut de la pente : leurs flèches se fichent dans les boucliers ou passent au-dessus des lignes. Les Anglais, qui ont peu d’archers, répliquent à peine. Puis l’infanterie monte à l’assaut. Elle se heurte à un mur. Haches, javelots, pierres attachées à des bâtons pleuvent sur elle. Les cavaliers chargent à leur tour, mais un cheval ne se jette pas contre une haie de boucliers et de fers, et la pente leur ôte leur élan. Rien ne passe.
La panique et le casque levé
Sur la gauche, les Bretons finissent par lâcher pied et refluent en désordre vers le bas de la colline. Une partie des Anglais de l’aile droite, croyant la victoire acquise, rompent leurs rangs pour les poursuivre. La panique gagne une partie de l’armée normande : le bruit court que Guillaume est mort.
C’est l’un des moments les plus célèbres de la bataille. Le duc se jette au milieu des fuyards, relève son casque pour qu’on voie son visage et rallie ses hommes. La Tapisserie de Bayeux le montre ainsi, tête découverte, tandis qu’Eustache de Boulogne le désigne du doigt. Les cavaliers normands se retournent contre les Anglais descendus de la crête, désormais en terrain découvert, et les taillent en pièces.
L’usure
La bataille reprend et s’éternise. Selon Guillaume de Poitiers, les Normands auraient alors répété volontairement la manœuvre : de fausses fuites, pour attirer d’autres Anglais hors du mur et les détruire. Que ces fuites aient été simulées ou non, le résultat est le même : à chaque sortie, le mur de boucliers perd des hommes et se resserre. Les deux frères d’Harold, Gyrth et Leofwine, sont tués au cours de la journée.
Selon certaines reconstructions, inspirées d’un chroniqueur du XIIe siècle, Guillaume aurait fait tirer ses archers en cloche dans l’après-midi, pour que les flèches tombent sur les rangs anglais par-dessus les boucliers, pendant que fantassins et cavaliers maintenaient la pression. Ce qui est sûr, c’est que les Anglais s’épuisent : beaucoup ont marché depuis Londres, certains depuis le Yorkshire. Les lignes s’amincissent.
La mort du roi
Vers la fin de la journée, Harold est tué. Comment, on ne le sait pas exactement. Dans son état actuel, la Tapisserie semble montrer, sous l’inscription annonçant sa mort, un guerrier qui saisit une flèche plantée près de son œil, et un autre abattu d’un coup d’épée par un cavalier. Le Carmen de Hastingae Proelio raconte qu’un groupe de chevaliers, dont Guillaume lui-même, se seraient jetés sur le roi pour le mettre en pièces. La flèche dans l’œil est devenue la version populaire ; elle reste incertaine.
Le roi mort, ses fidèles combattent encore autour de son corps, puis l’armée anglaise se disperse à la nuit tombante. Des Normands lancés à la poursuite se seraient abîmés dans un ravin, qu’une tradition postérieure appelle le Malfosse. Les pertes sont lourdes des deux côtés. Le corps d’Harold, défiguré, n’est identifié qu’avec peine.
Les effectifs restent mal connus : de l’ordre de cinq à sept mille hommes de chaque côté selon les estimations courantes, peut-être davantage. Les deux armées semblent de force comparable. C’est la durée du combat et la mort du roi, plus que l’écrasement d’une armée, qui font la décision.
De la victoire à la couronne
Hastings n’a pas donné l’Angleterre à Guillaume ; elle lui a ouvert la route. À Londres, les grands survivants proclament roi le jeune Edgar l’Ætheling. Guillaume ne marche pas droit sur la ville : il s’assure de Douvres et de Canterbury, contourne Londres en brûlant ses faubourgs du sud, franchit la Tamise plus en amont, à Wallingford, et isole la capitale. Les partisans d’Edgar comprennent qu’ils n’ont plus d’armée. À Berkhamsted, ils viennent faire leur soumission.
Le 25 décembre 1066, Guillaume est sacré roi d’Angleterre dans l’abbaye de Westminster, celle-là même où Harold avait été couronné un an plus tôt. Pendant la cérémonie, les acclamations de l’assistance inquiètent les gardes normands postés au-dehors, qui croient à une émeute et mettent le feu aux maisons voisines. Le règne commence dans la fumée.
La vraie conquête prend encore cinq ans. Révoltes dans l’Ouest, dans le Nord, interventions danoises : Guillaume répond par la force. Dans l’hiver 1069-1070, il fait systématiquement dévaster le nord de l’Angleterre, détruisant récoltes, bétail et villages pour que nulle armée ne puisse plus y vivre. Cette « dévastation du Nord » fait des milliers de morts de faim ; elle choquera jusqu’aux chroniqueurs normands. La dernière résistance, celle d’Hereward retranché dans les marais d’Ely, tombe en 1071.
Ce que 1066 a changé
Une élite remplacée. En vingt ans, la très grande majorité des grands domaines passe à une nouvelle aristocratie venue du continent. Certaines familles anglaises ont été décimées en 1066, d’autres se sont exilées ; beaucoup d’autres ont simplement perdu leurs terres et leur rang. Le Domesday Book, grande enquête ordonnée en 1085-1086 pour inventorier les terres et les revenus du royaume, montre qu’à cette date les grands propriétaires anglais ne détiennent plus qu’une petite part du sol. L’Église suit le même chemin : les évêques et les abbés anglais sont remplacés un à un par des continentaux, comme Lanfranc, ancien abbé de Saint-Étienne de Caen, devenu archevêque de Canterbury en 1070.
Pour la masse des paysans, le changement est d’abord celui des maîtres : de nouveaux seigneurs, souvent plus exigeants, une autre langue au château. Les effets varient beaucoup selon les régions ; le Nord, dévasté, en porte les marques pour une génération.
Un pays tenu par des châteaux. Les Normands couvrent l’Angleterre de châteaux, d’abord des « mottes castrales », buttes de terre surmontées d’une tour de bois, puis de grandes tours de pierre comme la Tour Blanche de Londres. Ce sont des instruments d’occupation autant que de défense. Les cathédrales sont reconstruites dans le style roman normand.
Une conquête qui dure. Si quelques milliers de conquérants ont pu tenir un royaume d’un million et demi à deux millions d’habitants environ, c’est aussi parce que Guillaume a conservé l’appareil de gouvernement anglo-saxon : les comtés, les shérifs, les cours locales, la monnaie, l’impôt. Les Normands ont pris la tête d’un État qui fonctionnait.
Une langue transformée. Pendant près de trois siècles, le français devient une langue majeure des élites et des institutions, aux côtés du latin, langue de l’Église et de l’écrit savant, et de l’anglais, que parle la grande majorité de la population. Les proportions évoluent selon les époques et les milieux. Quand l’anglais redevient la langue du pouvoir, à la fin du Moyen Âge, il a absorbé des milliers de mots français. La paire pig / pork, l’animal anglais dans l’étable et la viande française sur la table, en donne une image schématique mais parlante.
L’Angleterre liée à la France. Le roi d’Angleterre est aussi duc de Normandie, donc vassal du roi de France pour son duché. Cette situation singulière, un roi vassal d’un autre roi, est au cœur de quatre siècles de rivalité franco-anglaise. La Normandie est conquise par Philippe Auguste en 1204, mais la guerre de Cent Ans plonge encore une partie de ses racines dans cet enchevêtrement né en 1066.
Ce que débattent les historiens
La légitimité des prétendants La promesse d’Édouard à Guillaume et le serment d’Harold ne sont connus que par des sources normandes, écrites après la victoire et favorables au vainqueur. Les sources anglaises insistent au contraire sur la désignation d’Harold par Édouard mourant ; elles ne sont pas neutres non plus. On ne peut pas trancher ; on peut seulement constater que chaque camp avait des arguments, et que chacun a écrit sa version.
Le soutien du pape La bannière pontificale et la bénédiction de l’expédition par Alexandre II reposent surtout sur Guillaume de Poitiers. Des travaux récents, comme ceux de Dan Armstrong, doutent que la papauté ait réellement soutenu l’entreprise avant 1066 et y voient une justification construite après coup. L’enjeu dépasse l’anecdote : c’est toute la présentation de la conquête comme juste cause qui est en question.
Les fuites simulées Guillaume de Poitiers, qui écrit à la gloire de son maître, présente les retraites normandes comme des ruses. Certains historiens y voient une tactique réelle, que les cavaliers normands avaient déjà pratiquée ailleurs ; d’autres, une manière élégante de déguiser une débandade bien réelle en manœuvre.
La flèche dans l’œil La Tapisserie est ambiguë : le personnage à la flèche et celui qui tombe sous l’épée sont-ils le même homme, Harold, ou deux guerriers différents ? Les restaurations du XIXe siècle ont modifié certains détails, et des relevés antérieurs suggèrent que le trait n’était peut-être pas une flèche. Les sources écrites les plus anciennes ne s’accordent pas. Beaucoup d’historiens jugent la question insoluble.
La Tapisserie, document ou propagande ? Il s’agit en réalité d’une broderie de laine sur toile de lin, longue d’environ soixante-dix mètres. Elle fut probablement commandée par Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume, et réalisée en Angleterre, sans doute à Canterbury, dans les années suivant la conquête. Elle raconte la version normande, mais son récit laisse aussi apparaître des ambiguïtés : Harold y est présenté avec une certaine dignité. Elle est à la fois une source irremplaçable et un récit orienté.
Une rupture ou une continuité ? Pendant longtemps, la conquête a été vue comme une catastrophe pour une Angleterre anglo-saxonne libre, soumise au « joug normand ». L’expression fut surtout une arme politique en Angleterre au XVIIe siècle, bien plus tard. Les historiens soulignent aujourd’hui aussi les continuités : l’administration anglo-saxonne, remarquablement efficace, a été conservée et utilisée par les Normands, et c’est elle qui a rendu possible le Domesday Book.
L’emplacement Le champ de bataille est traditionnellement situé à Battle, où Guillaume fit élever une abbaye à l’endroit où Harold serait tombé. Des emplacements alternatifs ont été proposés à proximité, sans emporter l’adhésion générale.
Repères
- 5 janvier 1066Mort d’Édouard le Confesseur
- 6 janvier 1066Couronnement d’Harold Godwinson
- Avril 1066Passage de la comète de Halley
- Août – septembre 1066La flotte normande attend à la Dives puis à Saint-Valery-sur-Somme
- 8 septembre 1066Harold démobilise ses troupes de la côte sud
- 20 septembre 1066Victoire norvégienne à Fulford
- 25 septembre 1066Victoire d’Harold à Stamford Bridge ; mort de Harald Hardrada et de Tostig
- 28 septembre 1066Débarquement de Guillaume à Pevensey
- 14 octobre 1066Bataille d’Hastings ; mort d’Harold
- 25 décembre 1066Sacre de Guillaume à Westminster
- 1069 – 1070Dévastation du nord de l’Angleterre
- 1085 – 1086Enquête du Domesday Book
- 1204Conquête de la Normandie par Philippe Auguste
Pour aller plus loin
- Pierre Bouet, Hastings, 14 octobre 1066, Tallandier, 2010. Le récit de référence en français, par un spécialiste des sources normandes.
- Michel de Boüard, Guillaume le Conquérant, Fayard, 1984. Une biographie classique du duc, par l’historien de Caen.
- David Bates, William the Conqueror, Yale University Press, 2016. Une synthèse majeure et récente, nuancée sur la violence de la conquête (en anglais).
- Marc Morris, The Norman Conquest, Hutchinson, 2012. Le récit d’ensemble le plus vivant de la conquête, de 1066 aux années 1080 (en anglais).
- Guillaume de Poitiers, Histoire de Guillaume le Conquérant, éd. et trad. Raymonde Foreville, Les Belles Lettres, 1952. La source primaire : le récit du biographe officiel, à lire en connaissant son parti pris.
Pages liées
- Portrait : Guillaume le Conquérant (vers 1027-1087)
- Notion : Le serment et la fidélité au Moyen Âge
- Repères : Mort d’Édouard le Confesseur, 5 janvier 1066, Bataille de Stamford Bridge, 25 septembre 1066, Sacre de Guillaume à Westminster, 25 décembre 1066
- À venir : Harold Godwinson, Harald Hardrada, la Tapisserie de Bayeux, le Domesday Book