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Guillaume le Conquérant (vers 1027-1087)

Né bâtard à Falaise, duc de Normandie à sept ou huit ans, Guillaume survit à une jeunesse de complots pour devenir le prince le plus redouté de son temps. Vainqueur à Hastings en 1066, roi d’Angleterre jusqu’à sa mort en 1087, il fonde un ensemble anglo-normand qui lie pour des siècles l’histoire des deux rives de la Manche.

Portrait, environ 7 minutes de lecture. Mis à jour le 23 octobre 2026.

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Au plus fort de la bataille d’Hastings, Guillaume relève son casque pour montrer qu’il est vivant, tandis qu’Eustache de Boulogne le désigne du doigt (Tapisserie de Bayeux, scène 55).
Au plus fort de la bataille d’Hastings, Guillaume relève son casque pour montrer qu’il est vivant, tandis qu’Eustache de Boulogne le désigne du doigt (Tapisserie de Bayeux, scène 55). Tapisserie de Bayeux, vers 1070-1080, musée de la Tapisserie de Bayeux. Domaine public, via Wikimedia Commons.
Sommaire
  1. Le Bâtard
  2. La conquête de son propre duché
  3. Mathilde et Caen
  4. 1066
  5. Le roi
  6. La fin
  7. Ce que débattent les historiens
  8. Repères

Le Bâtard

Guillaume naît à Falaise, en 1027 ou 1028. Son père, Robert, est le jeune duc de Normandie ; sa mère, Herlève (ou Arlette), est la fille d’un bourgeois de la ville. Ils ne sont pas mariés. Pendant toute sa jeunesse, ses ennemis l’appelleront « le Bâtard ». L’illégitimité n’interdit pas encore de succéder, mais elle affaiblit.

En 1034, Robert part en pèlerinage à Jérusalem. Avant de partir, il fait reconnaître son fils comme héritier par les grands du duché. Il meurt sur le chemin du retour, en Asie Mineure, en 1035. Guillaume a sept ou huit ans.

S’ouvrent dix années de violence. Les barons normands se disputent le pouvoir, bâtissent des fortifications, règlent leurs querelles par l’épée. Plusieurs protecteurs de l’enfant sont assassinés, dont son précepteur et son sénéchal, tué selon la tradition dans la chambre même où dort le jeune duc. Guillaume survit, entouré de quelques fidèles et de la famille de sa mère.

La conquête de son propre duché

Vers 1046, une partie de la noblesse de basse Normandie se révolte, autour de Guy de Brionne, cousin du duc. Guillaume, à peine adulte, fuit et appelle à l’aide son suzerain, le roi de France Henri Ier. En 1047, à Val-ès-Dunes, au sud-est de Caen, les deux armées réunies écrasent les rebelles. C’est sa première victoire, et le début de son autorité réelle.

Les années suivantes montrent ce qui fera sa réputation : un homme dur, tenace, capable de cruauté calculée. Au siège d’Alençon, les défenseurs se moquent de lui en battant des peaux, allusion au métier de tanneur prêté à la famille de sa mère. Selon les chroniqueurs, il fait couper mains et pieds à des prisonniers ; la ville se rend.

Puis le danger change de nature. Inquiet de la puissance de son vassal, Henri Ier s’allie au comte d’Anjou, Geoffroy Martel, contre lui. Les troupes de Guillaume les battent à Mortemer en 1054, et le duc lui-même l’emporte à Varaville en 1057, en surprenant l’armée royale coupée en deux par la marée. À la mort d’Henri Ier et de Geoffroy Martel, en 1060, il n’a plus de rival à sa mesure. En 1063, il s’empare du Maine.

Mathilde et Caen

Vers 1050-1053, Guillaume épouse Mathilde, fille du comte de Flandre. L’alliance est prestigieuse : Mathilde descend des rois carolingiens et des rois anglo-saxons. Mais la papauté s’oppose au mariage, probablement pour un motif de parenté entre les époux. L’interdit n’est levé qu’en 1059. Selon une tradition solidement ancrée, le couple fonde alors à Caen deux grandes abbayes en signe de pénitence : l’abbaye aux Hommes, dédiée à saint Étienne, et l’abbaye aux Dames, dédiée à la Trinité.

Le mariage est une réussite politique. Le couple a au moins neuf enfants, dont quatre fils : Robert, Richard, mort jeune, Guillaume et Henri. Mathilde gouverne la Normandie en l’absence de son mari et sera couronnée reine d’Angleterre en 1068.

À Caen, Guillaume trouve aussi l’homme qui sera son principal conseiller : Lanfranc, savant italien devenu moine au Bec, qu’il met à la tête de l’abbaye Saint-Étienne avant d’en faire, en 1070, l’archevêque de Canterbury.

1066

L’Angleterre entre tôt dans ses projets. Son cousin Édouard le Confesseur, fils de sa grand-tante Emma, a grandi en exil en Normandie ; les sources normandes affirment qu’il promit sa succession à Guillaume vers 1051, et qu’Harold Godwinson, venu en Normandie vers 1064, jura sur des reliques de soutenir cette candidature. Ce serment, connu seulement par des témoins normands, devient l’argument central du duc quand Harold se fait couronner en janvier 1066.

Le récit de l’année est raconté dans La bataille d’Hastings. Retenons ce qu’il dit de Guillaume : la capacité à rassembler une armée bien au-delà de son duché, la patience d’attendre le vent pendant des semaines, le sang-froid de relever son casque au milieu de la panique. Le 25 décembre 1066, il est sacré roi à Westminster.

Le roi

Le règne anglais est d’abord une guerre. De 1067 à 1071, Guillaume affronte des révoltes successives, dans l’Ouest, dans le Nord, autour des fils d’Harold et des derniers grands anglais, souvent soutenues par les Danois. Il y répond par des châteaux, par la confiscation des terres et, dans l’hiver 1069-1070, par la dévastation méthodique du nord du royaume. En 1072, il pousse jusqu’en Écosse et obtient la soumission du roi Malcolm III.

Le roi gouverne en s’appuyant sur ce qui existe. Il garde les institutions anglaises, comtés, shérifs, monnaie, impôt, et les met au service d’une nouvelle aristocratie venue du continent. Avec Lanfranc, il réorganise l’Église, remplace les évêques anglais, déplace des sièges épiscopaux vers les villes, sépare les tribunaux d’Église des tribunaux laïcs.

En 1085, craignant une invasion danoise, il ordonne une immense enquête sur les terres du royaume, leurs détenteurs et leurs revenus : c’est le Domesday Book. L’année suivante, à Salisbury, il fait jurer fidélité à tous les propriétaires de terres importants du royaume, quel que soit leur seigneur. Les deux gestes disent la même ambition : savoir ce que l’on possède, et savoir qui vous est lié.

La fin

Les dernières années sont sombres. Son fils aîné, Robert, dit Courteheuse, réclame la Normandie de son vivant et se révolte en 1078. Au siège de Gerberoy, en 1079, Guillaume est blessé au combat, selon les chroniqueurs par son propre fils. La réconciliation sera fragile. Mathilde meurt en 1083. Son demi-frère Odon de Bayeux, qu’il avait comblé, est emprisonné en 1082.

En 1087, Guillaume fait la guerre au roi de France Philippe Ier dans le Vexin. Il prend et incendie Mantes. Il y est grièvement blessé ou tombe malade ; les récits divergent. Transporté à Rouen, il meurt le 9 septembre 1087. Il laisse la Normandie à Robert, l’Angleterre à son deuxième fils survivant, Guillaume le Roux, et une forte somme d’argent au cadet, Henri.

Ses funérailles, racontées une génération plus tard par le moine Orderic Vital, tournent au désordre : à Saint-Étienne de Caen, un habitant interrompt la cérémonie pour réclamer le terrain sur lequel l’église a été bâtie, et le corps, trop grand pour le sarcophage, se rompt. Le récit est peut-être embelli, mais il dit l’image qu’on garda de ce règne : immense et brutal.

Ce que débattent les historiens

Un conquérant d’une violence exceptionnelle ? La dévastation du Nord a longtemps été vue comme un crime à part, et elle choque déjà Orderic Vital. Des historiens récents, comme David Bates, insistent sur sa gravité tout en replaçant Guillaume parmi des guerriers de son temps pour qui le ravage était une arme ordinaire ; la discussion porte sur l’échelle, non sur le fait.

Un homme pieux ou un pieux affichage ? Fondateur d’abbayes, protecteur de la réforme de l’Église, Guillaume refuse pourtant au pape Grégoire VII le serment de fidélité qu’il lui réclame pour l’Angleterre. Les historiens discutent la part de conviction et de politique dans sa religion.

Le Domesday Book, outil fiscal ou inventaire de domination ? Les motifs exacts de l’enquête, préparation d’un impôt, règlement des litiges sur les terres ou démonstration de puissance, restent discutés.

Une rupture ou une prise de contrôle ? Le débat traversé dans le récit d’Hastings se retrouve ici : Guillaume a-t-il transformé l’Angleterre, ou pris la tête d’un État anglo-saxon déjà solide ?

Repères

  1. Vers 1027-1028Naissance à Falaise
  2. 1035Mort du duc Robert ; Guillaume devient duc
  3. 1047Victoire de Val-ès-Dunes sur les barons révoltés
  4. 1054Victoire normande de Mortemer sur l’armée du roi de France
  5. Vers 1050-1053Mariage avec Mathilde de Flandre
  6. 1063Conquête du Maine
  7. 14 octobre 1066Victoire d’Hastings
  8. 25 décembre 1066Sacre à Westminster
  9. 1069-1070Dévastation du nord de l’Angleterre
  10. 1079Blessé au siège de Gerberoy, face à son fils Robert
  11. 1085-1086Enquête du Domesday Book ; serment de Salisbury
  12. 9 septembre 1087Mort à Rouen

Pour aller plus loin

  • David Bates, William the Conqueror, Yale University Press, 2016. Une synthèse majeure et récente, attentive aux sources et nuancée sur la violence du règne (en anglais).
  • Michel de Boüard, Guillaume le Conquérant, Fayard, 1984. Une biographie classique, solide sur la Normandie ducale.
  • Pierre Bouet, Hastings, 14 octobre 1066, Tallandier, 2010. Pour l’année décisive, par un spécialiste des sources normandes.
  • Orderic Vital, Histoire ecclésiastique. La source principale sur la fin du règne et les funérailles, écrite par un moine anglo-normand au début du XIIe siècle.

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